Dé­battre un mo(nu)ment

Intro : Un désir d’uni­vo­ci­té ? Pour­quoi nous par­lons de mo­nu­ments his­to­riques en 2021

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Mar­kus Zürcher, ASSH, ver­sion ac­tua­li­sée du 10 mai 2021

Dans les États au­to­cra­tiques, ils sont au ser­vice du culte de la per­sonne et de l’hé­roïsme, dans les jeunes États, ils sym­bo­lisent leur ge­nèse. Dans la plu­part des so­cié­tés tou­te­fois, les mo­nu­ments his­to­riques pa­rais­saient jus­qu’à ré­cem­ment être des ob­jets du passé dont la vo­ca­tion se re­strei­gnait sou­vent au tou­risme ou à des stra­té­gies de mar­ke­ting local. Pour­quoi alors parlons-​nous sou­dai­ne­ment de nou­veau de mo­nu­ments en pierre, fonte ou bronze ? Pour­quoi les images de sta­tues ren­ver­sées, ma­cu­lées de graf­fi­ti ou voi­lées font-​elles le tour du monde ?

Pour­quoi les images de sta­tues ren­ver­sées, ma­cu­lées de graf­fi­ti ou voi­lées font-​elles le tour du monde ?

Les mo­nu­ments veulent com­mu­ni­quer des mes­sages concrets

Les mo­nu­ments his­to­riques sont à l’an­ti­pode de la dé­fi­ni­tion de l’art qui do­mine de­puis la fin de la Se­conde Guerre mon­diale et pos­tule que l’in­ter­pré­ta­tion ré­side dans l’œil de la per­sonne qui contemple l’œuvre. Dans cette concep­tion, la va­leur d’un objet ne se juge pas à l’aune de sa fac­ture et de son mes­sage, mais de l’au­then­ti­ci­té de l’ar­tiste, de la créa­trice. Conjoin­te­ment au bru­ta­lisme en ar­chi­tec­ture, cette per­cep­tion fa­vo­rise l’abs­trac­tion et la va­cui­té sé­man­tique des œuvres d’art. Les sculp­tures dans les halls de banques, com­pa­gnies d’as­su­rance et dans l’es­pace pu­blic se dis­tinguent par une ré­duc­tion des cou­leurs, des formes et du ca­rac­tère fi­gu­ra­tif. Elles s’éman­cipent ainsi tel­le­ment du sens qu’elles donnent lieu à des sur­faces lisses, de pré­fé­rence blanches, et à un pu­risme abs­trait1 À l’in­verse, les mo­nu­ments his­to­riques veulent trans­mettre des mes­sages va­riés mais concrets à l’aide d’al­lé­go­ries, de sym­boles, de per­sonnes ou de sites : dé­faites, suc­cès, avan­cées, évé­ne­ments, hom­mages, mais aussi va­leurs, opi­nions, men­ta­li­tés et sen­ti­ments.

Pour­quoi main­te­nant, pour­quoi ici ? Le boom des mo­nu­ments entre 1870 et 1914 en Suisse

On pour­rait sub­su­mer les mo­nu­ments sous l’éti­quette « culture mé­mo­rielle ». Tou­te­fois, l’idée d’une fonc­tion mé­mo­rielle vi­sant à em­pê­cher l’ou­bli est trop ré­duc­trice. Dans une culture de l’écrit comme la nôtre, nous n’avons pas be­soin de mo­nu­ments de Tell, Jean-Jacques Rous­seau, Jo­hann Hein­rich Pes­ta­loz­zi ou même de Do­ro­thée de Flue pour nous sou­ve­nir d’eux. De nom­breux mé­mo­riaux ont été, de plus, éri­gés des dé­cen­nies, voire des siècles après les évé­ne­ments ou la mort des per­sonnes qu’ils rap­pellent. Ils éta­blissent une pré­sence et une re­pré­sen­ta­tion dans le quo­ti­dien, dans « l’ici et main­te­nant » de leur édi­fi­ca­tion. Rai­son pour la­quelle les mo­nu­ments ne tirent pas leur si­gni­fi­ca­tion uni­que­ment du passé au­quel ils se rap­portent, mais aussi du pré­sent dans le­quel ils ont vu le jour.

Les mo­nu­ments ne tirent pas leur si­gni­fi­ca­tion uni­que­ment du passé au­quel ils se rap­portent, mais aussi du pré­sent dans le­quel ils ont vu le jour.

Entre 1870 et 1914, les mo­nu­ments connaissent un vé­ri­table boom. Ils offrent pro­ba­ble­ment une al­ter­na­tive aux édi­fices pom­peux de l’An­cien Ré­gime aris­to­crate et pa­tri­cien et sont cen­sés re­pré­sen­ter le nou­vel État-​nation bour­geois comme les avan­cées de sa so­cié­té. Dans l’entre-​deux-guerres (1918-1939), en re­vanche, les mo­nu­ments sont pla­cés sous le signe de la me­nace ex­té­rieure et de la dé­fense spi­ri­tuelle. Sur le plan thé­ma­tique, ils se ré­duisent à la Ré­sis­tance et à l’an­cienne Confé­dé­ra­tion. Après la Se­conde Guerre mon­diale, la vogue des mo­nu­ments dé­cline. 

Les mou­ve­ments so­ciaux com­mu­niquent avec et par les mo­nu­ments his­to­riques

Comme pour toutes les formes de sa­voirs, qu’ils soient ma­té­riels ou trans­mis sous d’autres formes, le passé s’in­vite dans le pré­sent. Sculp­tés dans la pierre ou mou­lés dans le bronze, les mo­nu­ments vé­hi­culent le passé de façon ap­pa­rem­ment sta­tique. Ils peuvent pos­sé­der une pré­sence ma­té­rielle tout en étant tom­bés dans l’in­si­gni­fiance il y a des dé­cen­nies ou plus long­temps en­core, avant que leur sens, leur conte­nu et leur mes­sage ne (re)prennent su­bi­te­ment une conno­ta­tion po­si­tive ou né­ga­tive.

Lorsque la po­li­tique sort des ins­ti­tu­tions pour être por­tée dans la rue, on ob­serve que l’on com­mu­nique ré­gu­liè­re­ment par le tru­che­ment des mo­nu­ments : avant et après des ma­ni­fes­ta­tions, par exemple, ils servent de porte-​banderoles ou de point de mire des slo­gans ou mes­sages. Les mou­ve­ments so­ciaux – ré­cem­ment les mou­ve­ments fé­mi­nistes, les mou­ve­ments de jeunes ou en­core celui du Black Lives Mat­ter – chargent de sens les per­son­nages et al­lé­go­ries sta­tiques et les dy­na­misent : le mou­ve­ment fé­mi­niste a re­peint de vio­let des mo­nu­ments de per­son­na­li­tés et les a vêtus de soutien-​gorge et mini-​jupes. Les jeunes ont passé une couche mul­ti­co­lore sur des mo­nu­ments fa­lots pour lut­ter contre le « gris » et la « ban­quise ». Le mou­ve­ment Black Lives Mat­ter aux États-​Unis a ren­ver­sé de leur pié­des­tal les mo­nu­ments à la gloire des gé­né­raux de la guerre de Sé­ces­sion. Comme on le sait, le mou­ve­ment s’est éten­du à l’Eu­rope.

Ce n’est pas un ha­sard si la com­mu­ni­ca­tion des mou­ve­ments so­ciaux avec et à tra­vers les mo­nu­ments de­vient de nou­veau plus vi­sible au­jour­d’hui : de­puis le suc­cès des mou­ve­ments des droits ci­viques dans les an­nées 1960, les Afro-​Américain-e-s avaient vu leurs condi­tions de vie s’amé­lio­rer au moins par­tiel­le­ment, tout en vi­vant tou­jours sou­vent dans des so­cié­tés sé­gré­guées. Or, un grand nombre de don­nées sta­tis­tiques montrent que de­puis l’ar­ri­vée à la pré­si­dence de Do­nald Trump, elles ont pour la pre­mière fois re­com­men­cé à se dé­gra­der un peu plus chaque année. Les dé­ve­lop­pe­ments et rap­ports so­ciaux ac­tuels dotent les mo­nu­ments de sens et les dy­na­misent sur le plan po­li­tique.

Les dé­ve­lop­pe­ments et rap­ports so­ciaux ac­tuels dotent les mo­nu­ments de sens et les dy­na­misent sur le plan po­li­tique.

Il ne s’agit pas du passé, mais du pré­sent et de l’ave­nir !

Et c’est bien à cause de leur si­gni­fi­ca­tion po­li­tique et leur pou­voir com­mu­ni­ca­tive que nous de­vrions nous in­té­res­ser aux mo­nu­ments. Non pas au mo­nu­ment en tant que tel, mais à la concep­tion que nous avons de nous-​mêmes au­jour­d’hui et main­te­nant. Bien en­ten­du, on peut en­vi­sa­ger un mo­nu­ment di­ver­se­ment en fonc­tion de la si­tua­tion : le per­ce­voir avec in­dif­fé­rence comme un élé­ment du site ou du pay­sage ur­bain ; comme un objet d’art et de culture plus ou moins réus­si ; comme un passé ré­ac­tua­li­sé afin de com­mé­mo­rer des évé­ne­ments, des per­sonnes, des conquêtes ou avan­cées né­ces­si­tant une contex­tua­li­sa­tion et une ré­flexion cri­tique ; ou comme une pro­vo­ca­tion.

Les opi­nions sur les mo­nu­ments couvrent un large spectre : les uns veulent les sup­pri­mer, parce qu’ils vé­hi­culent des vi­sions de l’his­toire écu­lées et ob­so­lètes et rendent hom­mage à des in­jus­tices, des ex­ploi­teurs, des op­pres­seurs, des cri­mi­nels de guerre. D’autres ré­clament d’ap­pro­fon­dir la ré­flexion, et pour d’autres en­core les dé­bats ac­tuels se ré­sument à une hy­per­mo­ra­li­sa­tion ou­blieuse de l’his­toire, une « Can­cel Culture » char­riée par le po­li­ti­que­ment cor­rect, qui veut faire taire tout ce qui n’est pas dans l’es­prit du temps. Quoi qu’il en soit, le débat pa­raît éga­le­ment avoir trait à un désir d’uni­vo­ci­té et de sim­pli­fi­ca­tion, qui s’al­lie à une to­lé­rance ré­duite à l’égard de l’am­bi­va­lence. Il nous reste à voir dans quelle me­sure ce désir fa­çon­ne­ra les dé­bats fu­turs dans la so­cié­té.

1Bauer, Tho­mas (2018): Die Ve­rein­deu­ti­gung der Welt. Über den Ver­lust an Mehr­deu­tig­keit und Viel­falt, Stutt­gart, S. 41 – S. 49.

Textes d'ex­pert·e·s

Des textes d'his­to­riens, de scien­ti­fiques des mé­dias, de cher­cheuses en sciences cultu­relles et d'autres spé­cia­listes issus des sciences hu­maines et so­ciales se­ront af­fi­chés ici.

Les femmes et les mo­nu­ments

Nous connais­sons les grands hommes his­to­riques et lé­gen­daires qu’il nous faut connaître : Win­kel­ried et son sa­cri­fice, Flue et son in­tel­li­gence, Tell et son cou­rage, Es­cher et son suc­cès. Ils pos­sèdent tous une date his­to­rique, un pa­ra­graphe dans l’his­toire qu’ils ont mar­quée, aux dires de la tra­di­tion et des sources dont nous dis­po­sons. Ils sym­bo­lisent des rup­tures his­to­riques, la ca­pa­ci­té d’ac­tion hu­maine, le pro­grès : on leur at­tri­bue d’avoir fait quelque chose, pro­non­cé quelques pa­roles ayant chan­gé le cours de l’his­toire. Ils in­ter­pellent les per­sonnes (les hommes) qui les contemplent : sois comme moi ! Sois unique ! Sois libre dans tes dé­ci­sions ! Sois un bon ci­toyen !

Dans l’es­pace pu­blic, nous ren­con­trons peu de sta­tues de femmes qui soient des per­son­nages his­to­riques. La plu­part nous donnent à voir des vi­sages et des corps uni­formes, très fé­mi­nins, sou­vent à moi­tié nus, des al­lé­go­ries pla­nant au-​dessus de l’his­toire. Ces re­pré­sen­ta­tions n’in­carnent pas la cé­sure dans l’his­toire, l’acte his­to­rique mais, à l’in­verse, des va­leurs im­muables et fé­dé­ra­trices, la pa­trie et le ter­ri­toire à dé­fendre. Elles semblent jaillies tout droit de fan­tasmes mas­cu­lins.

De rares hé­roïnes

Dès le XIXe siècle, des or­ga­ni­sa­tions fé­mi­nines ré­clament que les hé­roïnes soient mieux re­pré­sen­tées dans l’es­pace pu­blic et cette re­ven­di­ca­tion re­sur­git avec une vi­gueur re­nou­ve­lée à l’oc­ca­sion de chaque mou­ve­ment fé­mi­niste. Ger­trud Stauf­fa­cher finit par ob­te­nir une place dans la salle du Conseil na­tio­nal aux côtés de Tell : lui comme sym­bole de l’ac­tion, elle de la bonne idée (qu’elle a souf­flée à son mari). En 1991, lors de la pre­mière grève des femmes, l’Union des pay­sannes ca­tho­liques de Suisse fi­nance une sta­tue de Do­ro­thée de Flue. Do­ro­thée a donné nais­sance à dix en­fants, avant que son mari, Ni­co­las de Flue, ne dé­cide d’aban­don­ner sa fa­mille pour vivre en er­mite. Sa sta­tue se trouve dans le ci­me­tière de Sar­nen, en­tou­rée de trois en­fants. Mais de telles hé­roïnes res­tent des points iso­lés dans le pay­sage.

Seit den 1980er-​Jahren hat sich die Tra­di­tion der sub­ver­si­ven Um­deu­tung und Um­ges­tal­tung bes­te­hen­der Denkmäler eta­bliert. Männ­li­chen Fi­gu­ren Une tra­di­tion de ré­in­ter­pré­ta­tion et de mé­ta­mor­phose sub­ver­sive des mo­nu­ments s’est éta­blie de­puis les an­nées 1980. Des fi­gures mas­cu­lines se voient af­fu­blées d’un ta­blier ou se re­trouvent avec des pou­pées dans les bras. Dès que les femmes s’ap­pro­prient et re­vi­sitent tem­po­rai­re­ment les mo­nu­ments, elles font appel à la cou­leur et abordent des su­jets bien plus va­riés que la guerre et l’in­di­vi­dua­lisme.

Le manque de sta­tues fé­mi­nines est un par­fait re­flet de l’ex­clu­sion per­sis­tante des femmes hors de la sphère po­li­tique et de la conscience his­to­rique, tout par­ti­cu­liè­re­ment en Suisse. Des pro­jets tels que « 100Elles* », qui se battent pour ho­no­rer des pion­nières par des noms de rues, peuvent être d’un cer­tain se­cours pour éle­ver la pré­sence de noms fé­mi­nins au rang de norme. Mais rend-​on compte à sa juste va­leur de l’his­toire des femmes en sé­lec­tion­nant une poi­gnée d’entre elles pour les his­ser sur un pié­des­tal et les pla­cer aux côtés d’Es­cher et de Tell, les re­pré­sen­tants d’une culture mé­mo­rielle mas­cu­line ?

Ac­tion col­lec­tive

La dis­tinc­tion d’Han­nah Arendt entre l’es­pace pu­blic ago­nis­tique et as­so­cia­tif pour­rait ap­por­ter un éclai­rage utile. Seyla Ben­ha­bib, cher­cheuse amé­ri­caine en phi­lo­so­phie po­li­tique, l’a rap­pe­lé en 1994 : l’es­pace ago­nis­tique est un es­pace de com­pé­ti­tion pour rem­por­ter l’ap­pro­ba­tion, un es­pace d’in­di­vi­dua­li­té, du ci­toyen dans son uni­ci­té et du pion­nier, dont le nom et les dates de nais­sance et de décès sont gra­vés sur le socle. À l’in­verse, l’es­pace as­so­cia­tif est un es­pace dans le­quel se dé­roule l’ac­tion col­lec­tive, où les per­sonnes ani­mées de convic­tions sem­blables s’unissent, tissent des liens, sont so­li­daires. L’his­toire des femmes a tou­jours été aussi une his­toire des mou­ve­ments. Chaque femme est dif­fé­rente, bien sûr, mais en­semble, les femmes ont ob­te­nu beau­coup de choses.

«L’his­toire des femmes a tou­jours été aussi une his­toire des mou­ve­ments. Chaque femme est dif­fé­rente, bien sûr, mais en­semble, les femmes ont ob­te­nu beau­coup de choses.»

Le rap­port des femmes à l’es­pace pu­blic a struc­tu­ré l’his­toire des femmes. Une re­la­tion mar­quée par de nom­breuses formes d’ex­clu­sion – que ce soit le refus op­po­sé à leur par­ti­ci­pa­tion po­li­tique, la sous-​valorisation de leurs voix dans le dis­cours pu­blic ou les me­naces de vio­lence. Au­jour­d’hui en­core, toutes les femmes ap­prennent en effet dès leur plus jeune âge qu’elles doivent se mé­fier des rues dé­sertes et des coins sombres. Les femmes ont ob­te­nu de haute lutte des droits po­li­tiques, une pro­tec­tion so­ciale et le droit de dis­po­ser li­bre­ment de leurs corps. Ces com­bats marquent à chaque fois un nou­veau rap­port à l’es­pace pu­blic : elles exigent d’avoir leur mot à dire, com­mencent à por­ter des pan­ta­lons, à fumer, oc­cupent des places et dé­filent en masse dans les rues, al­laitent en pu­blic et montrent leur corps à leur guise.

Qui dé­cide de la façon de se sou­ve­nir de l’his­toire ?

L’ac­tion col­lec­tive par-​delà les fron­tières po­li­tiques et so­ciales a tou­jours été une di­men­sion im­por­tante des mou­ve­ments fé­mi­nins. Mais com­ment don­ner une vi­si­bi­li­té aux femmes en­ten­dues comme su­jets his­to­riques col­lec­tifs ? Com­ment com­mé­mo­rer par exemple la grève des femmes de 2019 en Suisse ? les pay­sannes dans les chaises longues ? l’ex­pres­sion de li­bé­ra­tion sur le vi­sage des in­nom­brables femmes qui se sont ap­pro­prié l’es­pace pu­blic ? l’ex­ploit po­li­tique de pas­ser outre les cli­vages et de mettre en exergue, le temps d’une jour­née, ce qu’elles par­tagent ?

La ques­tion n’est pas uni­que­ment celle de la re­pré­sen­ta­tion des femmes dans un pay­sage de mo­nu­ments forgé par la culture mé­mo­rielle mas­cu­line. Bien au contraire, nous de­vrions aussi nous de­man­der qui dé­cide de la ma­nière dont on se sou­vient de l’his­toire. Faut-​il pour cela de l’ar­gent, de l’in­fluence po­li­tique, un co­mi­té ? Et avant de cher­cher des noms im­por­tants, nous de­vrions nous de­man­der ce dont nous vou­lons nous sou­ve­nir, com­ment nous vou­lons le faire et com­ment la mé­moire doit lais­ser une em­preinte sur notre es­pace de vie. En somme : com­ment les femmes veulent-​elles aller à la ren­contre de leur his­toire dans l’es­pace pu­blic ?

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Un pro­blème très an­cien : le trai­te­ment des sta­tues im­po­pu­laires dans l’An­ti­qui­té tar­dive

Lo­renz E. Bau­mer, ar­chéo­logue, Uni Ge­nève, 15 mars 2021

Les sta­tues sont par­tout à dé­truire, et les noms à sup­pri­mer sur tous les mo­nu­ments pu­blics et pri­vés.

Scrip­tores His­to­riae Au­gus­tae, Vie de Com­mode, 20,3

Le débat sur la ma­nière de trai­ter les sta­tues de per­son­na­li­tés pro­blé­ma­tiques rem­plit de­puis un cer­tain temps les quo­ti­diens et les fo­rums élec­tro­niques. Dans le feu de l’ac­tion, on a ten­dance à ou­blier qu’il s’agit d’un pro­blème ré­cur­rent tout au long de l’his­toire et dont les dé­buts re­montent déjà à l’An­ti­qui­té.

Condam­ner sans ou­blier

On pen­se­ra en pre­mier lieu à la fa­meuse Dam­na­tio me­mo­riae (lit­té­ra­le­ment : « la dam­na­tion de la mé­moire »). Mais le pa­ral­lèle est trop ra­pide, car le terme qui ne re­monte en effet qu’au XVIIe siècle, dé­crit en gé­né­ral la pré­oc­cu­pa­tion des Ro­mains concer­nant la ré­pu­ta­tion post­hume. Les me­sures ne se li­mi­taient pas à l’en­lè­ve­ment, la mu­ti­la­tion ou la des­truc­tion des sta­tues de la per­sonne condam­née à l’ou­bli col­lec­tif, mais com­pre­naient toute une gamme d’autres pos­si­bi­li­tés comme l’in­ter­dic­tion d’ex­po­si­tion pu­blique de masques de cire du condam­né lors de fu­né­railles aris­to­cra­tiques ou en­core l’ins­crip­tion de son an­ni­ver­saire dans les listes of­fi­cielles des jours de mau­vais au­gure pour le peuple ro­main (dies ne­fas­ti). Ce der­nier élé­ment illustre qu’on veillait à ce que la condam­na­tion en tant que telle reste bel et bien pré­sente dans la mé­moire pu­blique.

Sta­tues païennes mises à mal

L’avè­ne­ment du chris­tia­nisme po­sait une autre me­nace aux sculp­tures, en par­ti­cu­lier avec l’édit de 391 de l’em­pe­reur Théo­dose Ier in­ter­di­sant aux païens la fré­quen­ta­tion des temples et pres­cri­vant leur fer­me­ture. Ce ne fut que quelques mois plus tard que Théo­phile, évêque d’Alexan­drie, at­ta­qua avec une émeute de chré­tiens la sta­tue de culte co­los­sale de Sa­ra­pis : « Après l’avoir ré­duit en pe­tits mor­ceaux, ils je­tèrent ceux-​ci au feu et traî­nèrent la tête à tra­vers toute la ville, sous les re­gards de ses dé­vots qui se mo­quaient de la fai­blesse de l’ob­jet de leur dé­vo­tion » (Théo­do­ret de Cyr, His­toire ec­clé­sias­tique, V, 22).

Une des­truc­tion à l’aide du divin

En Gaule, Saint-​Martin de Tours, nommé évêque en 371, agit avec fer­veur contre l’ido­lâ­trie des païens qui adhé­raient tou­jours aux an­ciens cultes, un en­ga­ge­ment qui de­man­dait assez ré­gu­liè­re­ment l’ap­pel à l’aide di­vine : dans un cer­tain vil­lage, « il y avait une co­lonne d’une masse énorme, que sur­mon­tait une idole. Mar­tin son­geait à la ren­ver­ser ; mais il ne dis­po­sait d’au­cun moyen ma­té­riel pour réa­li­ser ce pro­jet. Alors, selon sa cou­tume, il se tour­na vers la prière. Et l’on vit, le fait est cer­tain, une sorte de co­lonne, à peu près de même di­men­sion, tom­ber du ciel, écra­ser l’idole, ré­duire en pous­sière toute cette masse de pierre in­ex­pug­nable » (Sul­pice Sé­vère, Dia­logues IX, tra­duc­tion Paul Mon­ceaux).

Mais l’image que dressent les sources lit­té­raires est en effet biai­sée par les in­té­rêts des his­to­riens de l’Église, alors que les dé­cou­vertes de sta­tues dans des contextes ar­chéo­lo­giques de cette même pé­riode do­cu­mentent un trai­te­ment bien plus dif­fé­ren­cié des an­ciennes sta­tues.

Un cer­tain res­pect pour le pa­tri­moine sculp­té

Cela se confirme par exemple à Mar­ti­gny dans la dé­cou­verte, en été 2011, des torses soi­gneu­se­ment en­fouis de deux sta­tues en marbre, l’une re­pré­sen­tant Apol­lon avec sa ci­thare et l’autre Her­cule se re­po­sant sur sa mas­sue. Le dépôt qui re­monte au plus tôt à la fin du IVe siècle et alors à une pé­riode où le chris­tia­nisme s’était déjà fer­me­ment im­plan­té dans la ville, at­teste d’un cer­tain res­pect des chré­tiens vis-​à-vis des an­ciennes œuvres sculp­tées. On re­mar­que­ra en même temps que la sta­tue d’Apol­lon fut bien avant son en­fouis­se­ment l’ob­jet d’une cas­tra­tion, alors que l’Her­cule fut épar­gné de cette même me­sure, pro­té­gé pro­ba­ble­ment par son rôle hé­roïque qu’il avait aussi conser­vé chez les chré­tiens.

Gra­ver au lieu de cas­ser

La des­truc­tion et/ou l’en­fouis­se­ment des œuvres n’était en effet que l’ul­time moyen pour se dé­faire des an­ciennes sculp­tures : à part la mu­ti­la­tion du sexe, une autre me­sure cou­rante était de ban­nir les dé­mons qu’on ima­gi­nait ha­bi­ter les sculp­tures en gra­vant des croix sur les pièces, de pré­fé­rence dans les yeux et/ou sur la bouche ou le front. Ces in­ter­ven­tions per­mirent de fait de conser­ver les sculp­tures pour leur va­leur pa­tri­mo­niale. Cette même ten­dance illustre aussi le cas du forum de Tim­gad (Al­gé­rie) où on a ras­sem­blé, comme l’at­testent les bases conser­vées, un grand nombre d’œuvres sculp­tées des pé­riodes pré­cé­dentes. La place s’est trans­for­mée par cette me­sure petit à petit en un lieu de com­mé­mo­ra­tion de la grande his­toire de la ville.

De nou­velles têtes sur d’an­ciens corps

Une autre façon de conser­ver les sculp­tures était leur ré­ac­tua­li­sa­tion, opé­rée par le rem­pla­ce­ment de l’ins­crip­tion sur la base et sur­tout de la tête par celle d’une per­son­na­li­té d’ac­tua­li­té. Cela est par exemple le cas d’une sta­tue ho­no­ri­fique d’une femme as­sise à Éphèse, créée au IIe siècle : deux siècles plus tard, l’œuvre fut réuti­li­sée en­semble avec une bonne cen­taine d’autres sculp­tures pour dé­co­rer des bains pu­blics près de l’ago­ra. Le fi­nan­ce­ment de la ré­no­va­tion des bains fut as­su­ré par une cer­taine Scho­las­ti­ka, femme vi­si­ble­ment for­tu­née et dont le por­trait rem­pla­ça celui d’époque im­pé­riale.

Tout au contraire des sources lit­té­raires, l’ar­chéo­lo­gie at­teste de l’uti­li­sa­tion dif­fé­ren­ciée et vi­si­ble­ment ré­flé­chie de sculp­tures païennes du­rant l’An­ti­qui­té tar­dive, ce que les quelques exemples cités plus haut ne peuvent re­pré­sen­ter que de ma­nière in­com­plète.

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L’Uni­té d’ar­chéo­lo­gie clas­sique de l’Uni­ver­si­té de Genve pro­pose à ce même sujet un cours gra­tuit en ligne (MOOC), « À l’avè­ne­ment du chris­tia­nisme : l’ar­chéo­lo­gie des der­niers païens », ac­ces­sible sur la pla­te­forme Cour­se­ra : www.cour­se­ra.org/learn/ar­cheo­lo­gy

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Une mé­moire gra­vée dans le marbre ? Les mo­nu­ments à l’ère nu­mé­rique

La­ris­sa Hu­gen­to­bler, scien­ti­fique des mé­dias à l'Uni­ver­si­té de Zu­rich, 2 fé­vrier 2021

Un lion ago­ni­sant de dix mètres de long, sculp­té à la main dans une fa­laise en grès. À Lu­cerne, ce mo­nu­ment com­mé­more les Gardes suisses tom­bés à Paris en 1792. Un lion qui sym­bo­lise des hommes morts ? Le mo­nu­ment de Grau­holz est en­core plus abs­trait : une co­lonne avec une ins­crip­tion rap­pelle la ba­taille de Grau­holz en 1798. La sta­tue de David de Pury, un ban­quier dont le por­trait a été moulé en bronze sur un socle et qui orne le centre-​ville de Neu­châ­tel, est bien plus fi­gu­ra­tive.

Abs­traites ou fi­gu­ra­tives, ces re­pré­sen­ta­tions dé­mo­dées et gra­vées dans le marbre servent à nous rap­pe­ler quelque chose du passé – une per­sonne ou un évé­ne­ment. Les mo­nu­ments, en nombre li­mi­té, ne com­mé­morent tou­te­fois pas tout ni tous (et en­core moins toutes). C’est sur ce constat que se fondent aussi les dé­bats de plus en plus re­ten­tis­sants sur leur re­pré­sen­ta­ti­vi­té. Ainsi un nombre crois­sant de gens dé­plore ces der­nières an­nées que la po­li­tique en ma­tière de mo­nu­ment soit trop res­tric­tive.

Un choix idéo­lo­gique

Il est bien évi­dem­ment im­pé­ra­tif d’opé­rer un choix, car les res­sources ne sont pas illi­mi­tées : on ne dis­pose pas par­tout de la place né­ces­saire à un mo­nu­ment et les œuvres coûtent de l’ar­gent. Au de­meu­rant, le choix ne re­flète pas une sé­lec­tion neutre du passé. Cher­cher qui im­mor­ta­li­ser par un mo­nu­ment, c’est aussi dé­ci­der qui « est » im­por­tant. Par consé­quent, ces mo­nu­ments ne sont pas le simple re­flet d’un sou­ve­nir, mais aussi celui d’une idéo­lo­gie. En sé­lec­tion­nant des mo­tifs du passé, nous dé­cla­rons ce que nous dé­fen­dons et ce qui nous im­porte, au­jour­d’hui comme pour l’ave­nir. Les mo­nu­ments re­pré­sentent donc bien plus que des sou­ve­nirs : ils ré­vèlent les va­leurs qu’une so­cié­té juge ca­pi­tales.

Dans les dé­bats ac­tuels au­tour de l’en­lè­ve­ment ou du dé­bou­lon­ne­ment des sites com­mé­mo­ra­tifs pro­blé­ma­tiques, on en­tend sou­vent l’ar­gu­ment sui­vant : les sta­tues manquent de contexte. Pre­nons David de Pury cité plus haut. Cet homme in­fluent a légué une for­tune consi­dé­rable à sa ville na­tale, Neu­châ­tel. Or son ar­gent pro­ve­nait pour part du com­merce d’es­claves. Cela ne si­gni­fie pas qu’il est im­pos­sible de com­mé­mo­rer sa contri­bu­tion à l’in­té­rêt gé­né­ral suisse. Mais on ne peut le faire hon­nê­te­ment qu’en men­tion­nant aussi ses dé­faillances (pro­fondes en l’oc­cur­rence). On peut ré­soudre ce pro­blème grâce à des pan­neaux d’in­for­ma­tion ou, mieux, en trans­fé­rant les sta­tues dans des mu­sées. Car c’est bien là que le bât blesse : tan­dis que les mu­sées peuvent contex­tua­li­ser leurs ob­jets ex­po­sés et donc faire res­sor­tir des choses qui pa­raissent, tout au moins au­jour­d’hui, pro­blé­ma­tiques, un mo­nu­ment est li­mi­té en la ma­tière. On l’a dit, le choix des per­sonnes dignes de com­mé­mo­ra­tion est une dé­cla­ra­tion sur ce qu’une ville, une com­mune, un État es­time es­sen­tiel. Ap­po­ser une plaque qui re­la­ti­vise cette dé­cla­ra­tion n’est pas à même de chan­ger grand-​chose, parce que la pré­sence dans l’es­pace pu­blic est ce qui donne son im­por­tance au mo­nu­ment.

Une « jus­tice » en ma­tière de mo­nu­ment dans l’es­pace nu­mé­rique ?

Quel ave­nir pour ces mo­nu­ments ? La nu­mé­ri­sa­tion crois­sante va-​t-elle les évin­cer ? En ligne, il nous se­rait pos­sible de com­mé­mo­rer et d’ho­no­rer beau­coup plus de per­sonnes sans avoir be­soin de res­sources im­por­tantes. De plus, ces in­for­ma­tions se­raient plus fa­ci­le­ment ac­ces­sibles, puis­qu’elles ne se­raient pas liées à un lieu phy­sique. On ne voit en effet un mo­nu­ment tra­di­tion­nel que lors­qu’on passe de­vant. Pour­tant, ces pos­si­bi­li­tés de­vraient s’en­vi­sa­ger comme un com­plé­ment et non comme un rem­pla­ce­ment.

Les mo­nu­ments tra­di­tion­nels sont en effet si­gni­fi­ca­tifs aussi parce qu’ils sont une dé­cla­ra­tion of­fi­cielle, qui a été pla­cée dans l’es­pace pu­blic et à la­quelle tout le monde a accès. Ils montrent les va­leurs et les idéo­lo­gies que dé­fend la Suisse. A contra­rio, cela im­plique que les per­sonnes, groupes ou évé­ne­ments non re­pré­sen­tés sont jugés in­si­gni­fiants.

Comme l’ex­pé­rience nous l’a mon­tré, l’une des plus grandes qua­li­tés d’In­ter­net est d’of­frir une mul­ti­tude d’in­for­ma­tions consul­tables à toute heure et presque tou­jours gra­tui­te­ment. Il ren­ferme donc un énorme po­ten­tiel pour di­ver­si­fier la culture mé­mo­rielle : nous pour­rions com­mé­mo­rer bien plus de per­sonnes en ligne que dans l’es­pace pu­blic, for­cé­ment res­treint. Il se­rait ainsi pos­sible de don­ner une vi­si­bi­li­té à des groupes, dont les contri­bu­tions à l’in­té­rêt com­mun n’ont à ce jour fait l’ob­jet d’au­cun mo­nu­ment. Mais nous le sa­vons aussi : dans une telle masse d’in­for­ma­tions, on passe fa­ci­le­ment à côté de quelque chose et il est dif­fi­cile de sa­voir ce qui pro­vient d’au­teurs et d’au­trices dignes de foi.

Sur ce point, des ins­ti­tu­tions que nous connais­sons dans la « vraie » vie pour­raient aider. Si, par exemple, le Musée na­tio­nal suisse pro­dui­sait des pages dé­diées aux mo­nu­ments (ce qui est par­tiel­le­ment déjà le cas sur son blog), on se fie­rait pro­ba­ble­ment plus à ces in­for­ma­tions qu’à celles concer­nant des mo­nu­ments nu­mé­riques créés par un par­ti­cu­lier quel­conque. Il est ainsi es­sen­tiel que les ins­ti­tu­tions cultu­relles puissent non seule­ment jouer sur In­ter­net un rôle in­for­ma­tif, mais aussi sé­lec­tif. Si en fai­sant une re­cherche sur Google ap­pa­raissent côte à côte un mo­nu­ment ren­dant hom­mage à la main-​d’œuvre étran­gère en Suisse et un dédié à James Schwar­zen­bach, alors ces mo­nu­ments per­draient une de leurs pro­prié­tés : outre leur fonc­tion de mé­moire, les mo­nu­ments sont aussi un hom­mage. Lors­qu’on ne sé­lec­tionne plus, ils ne disent plus rien de ce qui est im­por­tant pour un pays – comme si tout avait la même im­por­tance.

C’est pour­quoi les « mo­nu­ments nu­mé­riques » au­ront pro­ba­ble­ment plu­tôt à l’ave­nir un rôle de com­plé­ment des sta­tues phy­siques dans l’es­pace pu­blic. Ils fonc­tionnent bien pour pré­sen­ter la di­ver­si­té de notre pays ainsi que pour pro­po­ser des in­for­ma­tions en plus grande quan­ti­té et plus fa­ci­le­ment ac­ces­sibles sur les per­sonnes com­mé­mo­rées. Mais ils ne sont pas en me­sure de sym­bo­li­ser une dé­cla­ra­tion of­fi­cielle dans l’es­pace pu­blic. C’est pré­ci­sé­ment parce que les mo­nu­ments clas­siques ont été sou­mis à une sé­lec­tion ri­gou­reuse qu’ils ont une telle im­por­tance : ce qui a un lieu a de la va­leur.

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En son et image

Com­ment interagissons-​nous avec les mo­nu­ments ? Nous vous pré­sen­tons ici une col­lec­tion ré­gu­liè­re­ment ac­tua­li­sée d'images, de vi­déos et de bandes so­nores sur cette ques­tion.

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Bande des­si­née : lettre ou­verte à Carl Vogt

A l'en­trée d'Uni Bas­tions (Uni­ver­si­té de Ge­nève), on trouve une buste de Carl Vogt (1817 - 1895)  qui était un illustre sa­vant de son époque, mais qui a éga­le­ment pu­blié des thèses ra­cistes et mi­so­gynes. La pro­fes­seure Ju­liet Fall de l'Uni Ge­nève a ré­di­gé une lettre ou­verte à Carl Vogt, en forme de bande des­si­née.

Le débat sur les mo­nu­ments aux États-​Unis

Au cours de l'été 2020, les États-​Unis ont connu une vague de cri­tiques à l'en­contre de mo­nu­ments com­mé­mo­rant des per­son­na­li­tés is­sues des États confé­dé­rés d'Amé­rique. Cer­tains ont été re­ti­rés ou même ren­ver­sés.

Guillaume Tell et le fro­mage

Éga­le­ment uti­li­sable pour la pu­bli­ci­té de fro­mage : la sta­tue de Guillaume Tell à Alt­dorf (UR)

Vidéo : les bustes contes­tés à l'Uni Ge­nève

Qu'est-​ce qu'un buste ? Pour­quoi trouve-​t-on des bustes d'au­teurs de thèses ra­cistes au­tour de l'Uni Bas­tions (bâ­ti­ment de l'Uni­ver­si­té de Ge­nève) ?

Des pro­fes­seur·e·s et étu­diant·e·s se pro­noncent dans un film de la pro­fes­seure Ju­liet Fall (ver­sion longue sur le site Web de Uni Ge­nève).

En po­li­tique

Com­ment les au­to­ri­tés et la po­li­tique suisse participent-​elles au débat sur les mo­nu­ments ? Que se passe-​t-il dans les dif­fé­rentes ré­gions ?

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Neu­châ­tel : Es­pace Tilo-​Frey, sta­tue de David de Pury

Pé­ti­tion pour le re­trait de la sta­tue de David de Pury

En juin 2020, un « Col­lec­tif pour la mé­moire » a lancé une pé­ti­tion en ligne en juin 2020 pour de­man­der le re­trait de la sta­tue de David de Pury, bien­fai­teur de la Ville de Neu­châ­tel et ac­cu­sé d'im­pli­ca­tion dans la traite né­grière. A sa place, une plaque de­vrait com­mé­mo­rer les vic­times pas­sées et pré­sentes de ra­cisme et de la su­pré­ma­tie blanche. La pé­ti­tion a été re­mise à la Ville de Neu­châ­tel avec en­vi­ron 2500 si­gna­tures. En août, une se­conde pé­ti­tion éma­nant d’un dé­pu­té PLR au Grand Conseil neu­châ­te­lois a été re­mise à la chan­cel­le­rie com­mu­nale de Neu­châ­tel.

Un es­pace re­bap­ti­sé

Pen­dant des an­nées, un es­pace cen­tral à l’Uni­ver­si­té de Neu­châ­tel por­tait le nom de Louis Agas­siz, un gla­cio­logue ac­cu­sé d’avoir avan­cé des thèses ra­cistes. Après un débat ou­vert entre po­li­tique et ha­bi­tant·e·s, la ville de Neu­châ­tel a dé­ci­dé de re­bap­ti­ser l’es­pace après Tilo Frey (1923-2008), la pre­mière neu­châ­te­loise élue au Conseil na­tio­nal. Étant la pre­mière per­sonne de cou­leur et par­mis les onze pre­mières femmes dans le Par­le­ment fé­dé­ral, la po­li­ti­cienne suisso-​camerounaise s’en­ga­geait pour l’éman­ci­pa­tion des femmes et des mi­no­ri­tés eth­niques en Suisse.

Zu­rich : un groupe de tra­vail exa­mine 80 mo­nu­ments

En sep­tembre 2020, l'Uni­ver­si­té de Zu­rich a pu­blié un rap­port sur l'im­pli­ca­tion de la ville de Zu­rich et des Zu­ri­chois·e·s dans l'es­cla­vage. Le rap­port, qui a été man­da­té par la ville de Zu­rich, a re­le­vé di­vers liens entre Zu­rich, les Zu­ri­chois·e·s et l'es­cla­vage, en par­ti­cu­lier dans le do­maine éco­no­mique. Il a no­tam­ment ana­ly­sé le cas de la fa­mille Es­cher, y com­pris Al­fred Es­cher (1819-1882). Ce cé­lèbre po­li­ti­cien et en­tre­pre­neur fer­ro­viaire est ho­no­ré par une grande sta­tue pla­cée de­vant l'en­trée prin­ci­pale de la gare cen­trale de Zu­rich. Al­fred Es­cher n'était pas lui-​même im­pli­qué dans la traite des es­claves. Néan­moins, le rap­port sug­gère que la ques­tion de son mo­nu­ment et de la mé­moire pu­blique des liens zu­ri­chois à l’es­cla­vage soient à nou­veau dis­cu­tés.

À la suite de ce rap­port, un groupe de tra­vail man­da­té par la ville de Zu­rich exa­mine ac­tuel­le­ment 80 mo­nu­ments pour y dé­ce­ler des ré­fé­rences ra­cistes. Les pre­miers ré­sul­tats sont at­ten­dus en 2023.

Im Sep­tem­ber 2020 pu­bli­zierte die Uni­ver­sität Zürich den Be­richt «Die Be­tei­li­gung der Stadt Zürich sowie der Zürche­rin­nen und Zürcher an Sk­la­ve­rei und Sk­la­ven­han­del vom 17. bis ins 19. Jah­rhun­dert.», in Auf­trag ge­ge­ben von der Stadt Zürich. Der Be­richt stellte vielfältige, vor allem wirt­schaft­liche Bezüge von Zürich und der Zürche­rin­nen und Zürcher zur Sk­la­ve­rei fest. Be­son­ders hob er die Ver­bin­dun­gen der Fa­mi­lie Es­cher her­vor, der auch Al­fred Es­cher (1819-1882) angehörte. Der Po­li­ti­ker und Ei­sen­bah­nun­ter­neh­mer wird vor dem Haup­tein­gang des Zürcher Haupt­bahn­hofs pro­minent mit einem Stand­bild geehrt. Al­fred Es­cher war zwar nicht selbst am Sk­la­ven­han­del be­tei­ligt. Den­noch schlägt der Be­richt vor, die Frage seines Denk­mals und der Erin­ne­rung im öffent­li­chen Raum an die Vers­tri­ckun­gen der Stadt Zürich in die Sk­la­ve­rei neu zu dis­ku­tie­ren.

Als Folge des Be­richts überprüft der­zeit eine Ar­beits­gruppe im Auf­trag der Stadt Züricht 80 Denkmäler auf ras­sis­tische Bezüge. Erste Er­geb­nisse wer­den 2023 er­war­tet.

Bâle-​Campagne : faire face au passé co­lo­nial

Dans le Lan­drat (lé­gis­la­tif de Bâle-​Campagne), un pos­tu­lat a été dé­po­sé qui ap­pelle à la ré­éva­lua­tion du passé co­lo­nial des per­son­na­li­tés is­sues de la Bâle-​Campagne. L’in­ter­ven­tion a été pré­cé­dée, en été 2020, d'une ac­tion des Jeunes so­cia­listes, qui ont re­cou­vert d'un tissu taché de sang la pierre com­mé­mo­ra­tive du co­lo­nia­liste Jo­hann Au­gust Sut­ter (1803-1880) à Rünen­berg et ont peint sur une af­fiche l'ins­crip­tion « Keine Denk­male für Sklav*in­nen­hal­ter » (« Pas de mo­nu­ments à la gloire des es­cla­va­gistes »).

Berne: dé­ve­lop­pe­ment ur­bain et éga­li­té dans les noms de rue

Le mo­nu­ment doit-​il céder sa place au dé­ve­lop­pe­ment ur­bain ?

Dans le cadre de l’élar­gis­se­ment de la gare de Berne, la place de « Hir­schen­gra­ben » sera en­tiè­re­ment trans­for­mée. Il s’y trouve éga­le­ment un mo­nu­ment à la mé­moire du ber­nois Adrian von Bu­ben­berg. Le pro­jet de construc­tion pré­voit de dé­pla­cer ce mo­nu­ment de Hir­schen­gra­ben à son em­pla­ce­ment d'ori­gine. Les op­po­sants au pro­jet cri­tiquent cette des­truc­tion du pay­sage ur­bain his­to­rique. Le peuple ber­nois vo­te­ra sur le sujet le 7 mars pro­chain.

Les noms de rue doivent rendre les femmes vi­sibles

Dans la ville de Berne, plus de 150 rues, che­mins et places portent le nom d’un homme et seule­ment 24 celui d’une femme. À l'oc­ca­sion de la grève des femmes le 14 juin 2019, une in­ter­ven­tion po­li­tique a de­man­dé que les rues ne soient nom­mées que par des noms de femmes jus­qu'à ce que l’éga­li­té soit at­teinte. L’in­ter­ven­tion a été ac­cep­tée et en juillet 2020, un centre de l'Uni­ver­si­té de Berne a mis à la dis­po­si­tion de la di­rec­tion des tra­vaux pu­blics un concept de mise en œuvre.

Dans les mé­dias

Vous trou­ve­rez ici des contri­bu­tions jour­na­lis­tiques sur le débat pro­ve­nant de jour­naux, de pro­grammes de té­lé­vi­sion, d'émis­sions de radio – de Suisse, mais aussi d'autres pays. Si les liens ren­voient vers des conte­nus payants, cela est in­di­qué dans chaque cas. Vous ne pou­vez alors ac­cé­der au conte­nu qu'avec un abon­ne­ment au média concer­né.

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Juin 2020 : Black Lives Mat­ter et les mo­nu­ments ra­cistes

Dans le sillage des ma­ni­fes­ta­tions de Black Lives Mat­ter, des sta­tues ont été dé­bou­lon­nées, re­cou­vertes et peintes. En été 2020, les images ont été re­layées par les mé­dias – sus­ci­tant une dis­cus­sion éga­le­ment en Suisse.

17.06.2020 : Ra­cisme : quels sont ces sta­tues, mé­mo­riaux et sym­boles jugés ra­cistes en Suisse ? (Le Nou­vel­liste)

En Suisse, quelles sont les sta­tues à l’his­toire contro­ver­sée ?  Le Nou­vel­liste pré­sente six mo­nu­ments dont il fau­drait dis­cu­ter. 

18.06.2020 : Films, rues, sta­tues, le grand dé­bou­lon­nage ? (RTS, vidéo)

Faut-​il re­pen­ser nos mo­nu­ments ? Une dis­cus­sion entre ac­ti­vistes, ex­perts et po­li­ti­ciennes.  

Méli-​mélo

Un pêle-​mêle de contri­bu­tions sur les mo­nu­ments suisses : courts textes, poèmes, chan­sons, slams, conte­nus des mé­dias so­ciaux, liens, ré­fé­rences bi­blio­gra­phiques et bien plus.

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«Cri­ti­cal to­po­ny­my» ou les en­jeux de la pro­duc­tion des noms de lieux

De même que les mo­nu­ments pu­blics, les noms de lieux (rues, places, es­paces etc.) com­mé­mo­rant de per­sonnes ou évè­ne­ments his­to­riques fa­çonnent notre culture mé­mo­rielle. L'en­semble de noms de lieux forme la « to­po­ny­mie » d'une ré­gion, re­flé­tant son l'iden­ti­té cultu­relle et des struc­tures so­ciales en chan­ge­ment. La pro­duc­tion de noms de lieux, les en­jeux liées à cette pro­duc­tion et les ques­tions po­li­tiques qu'elle sou­lève sont étu­diés dans la « Cri­ti­cal to­po­ny­my ».

Sur le blog Neo­to­po­ny­my, des ex­pert·e·s de ce champ émer­geant pu­blient de contri­bu­tions aca­dé­miques dé­diées à la no­mi­na­tion de lieux. On y trouve des ar­ticles sur la ques­tion du genre en to­po­ny­mie, sur celle des com­mé­mo­ra­tions contes­tées (Rhodes Must Fall) et bien plus.

« Faut-​il re­ti­rer les mo­nu­ments contes­tés? »

Qu'en pensez-​vous? Dis­cu­tez !

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Dis­cu­ter (11)

  • Tho­mas In­gold
    à 11.06.2021
    Ent­fernt das MOC­MOC in Ro­man­shorn und ver­zich­tet bitte auf das Gen­ders­tern­chen, ein unnötiges Denk­mal, welches kei­ner­lei Gleich­be­rech­ti­gung schafft und nur ideo­lo­gisch aufs Pa­pier ge­bracht wird. Danke.
    • Heinz Nauer, SAGW
      à 05.07.2021
      Der arme Moc­moc muss viel au­shal­ten (uns schnei­det auch in un­se­rem Spiel nicht wahn­sin­nig gut ab --> siehe unten). Was das Gen­ders­tern­chen an­be­langt: Viel­leicht nicht ge­rade ein Denk­mal, aber ein Iden­titäts­mar­ker al­le­mals, und ein um­strit­te­ner erst recht. Alles was es zum Thema zu sagen gibt, steht in die­sem Gespräch in der «Ges­chichte der Ge­gen­wart»: https://ges­chich­te­der­ge­gen­wart.ch/_-​ein-gespraech-ueber-das-gendern/
      Sel­ber tun wir uns etwas schwer mit einer stren­gen ins­ti­tu­tion­sei­ge­nen Sprach­po­li­tik. Für diese Web­site haben wir, ziem­lich unauf­ge­regt, den Stern aus­pro­biert.
  • Jumi
    à 07.05.2021
    Ich möchte ein Denk­mal für Alf, den Aus­se­rir­di­schen vom Pla­net Mel­mac - am liebs­ten z.B. neben Zwin­gli oder Es­cher oder Wald­mann. Damit würde Zwin­gli / Es­cher / Wald­mann die Auf­merk­sam­keit ent­zo­gen und das In­ter­esse von Fla­nie­ren­den und Tau­ben auf Alf ge­zo­gen.
    • Chris­ti­na Graf
      à 10.05.2021
      Alf würde die Auf­merk­sam­keit si­cher be­kom­men – eine krea­tive Idee (viel­leicht eine für den Denkmal-​Wettbewerb, der am 20. Mai eröffnet wird?).

      Dazu noch ein Ge­danke: Den Blick von einem Denk­mal we­glen­ken kann auch heis­sen, den Blick von den zu­grunde lie­gen­den The­men, Machts­truk­tu­ren etc. weg­zu­len­ken... Und damit eine Dis­kus­sion­schance zu ver­pas­sen.
  • Ulisse
    à 01.05.2021
    Ja ich möchte alle denkmäler ste­hen las­sen: damit man über sie reden und schrei­ben kann. Wenn man sie weg­schafft, ver­lie­ren wir die ents­pre­chen­den wich­ti­gen the­men. Si­cher kann man dis­kus­sio­nen darüber in zeit­genössi­schen for­men führen, mit in­for­ma­tions­ta­feln, qr-​codes, erklären­den co­mics usw.
  • Car­pen­tier
    à 25.04.2021
    Je suis cho­quée par 1/ la sous-​représentation des femmes 2/ et sur­tout la façon dont elles sont re­pré­sen­tées : sou­vent nues ou quasi-​nues, le corps of­fert ou bien dans le rôle de mère
    • Heinz Nauer
      à 26.04.2021
      C'est une ob­ser­va­tion très com­pré­hen­sible. La sé­lec­tion de mo­nu­ments par des femmes sur ce site web re­flète le pay­sage des mo­nu­ments en Suisse. L'his­to­rienne Lina Gaf­ner l'a bien ré­su­mé dans le der­nier bul­le­tin de l'ASSH : « Le pay­sage des mo­nu­ments manque de femmes, mais pas de corps fé­mi­nins. » (ori­gi­nal en al­le­mand)
      Voici le lien di­rect vers l'ar­ticle de Lina Gaf­ner (« Frauen und Denkmäler Al­le­go­rien, fe­mi­nis­tische Sub­jekte und his­to­rische Kol­lek­tive ») : https://cutt.ly/Jv4w8gc
  • Ma­rianne
    à 10.04.2021
    Denkmäler sind Zeu­gen ihrer Zeit­ges­chichte. Wenn Pes­ta­loz­zi mit erho­be­nem Fin­ger auf die bei­den Kin­der he­run­ter­schaut, so zeigt uns sein Denk­mal eine Bil­dung­sauf­fas­sung sei­ner Zeit und kann zum For­schen darüber an­re­gen. Denkmäler als Erin­ne­rung­sstätten wer­den auf diese Weise zu vi­sua­li­sier­ten Ob­jek­ten un­se­rer ei­ge­nen His­to­rie. Sie zu verändern oder gar zu ent­fer­nen, be­deu­tet für mich, einen Teil der ei­ge­nen Iden­tität zu verändern oder zu ent­fer­nen. Das Leben ist zu kom­plex, um es auf einen ein­zi­gen Erei­gniss­trang zu re­du­zie­ren, nämlich die In­ter­pre­ta­tion un­se­rer Zeit.
  • Rübli
    à 29.03.2021
    Der Vor­trieb der Can­cel Culture in west­li­chen Na­tio­nen ist bei­spiel­los und erin­nert nur an Chi­nas Kul­tur­re­vo­lu­tion. Ja - die Ver­gan­gen­heit war nicht immer ein­wand­frei aber Denkmäler be­deu­ten ja auch nicht immer aus­nahm­slos Ve­reh­rung für eine Per­son. Des­truk­tion ist immer ein­fach - wem sol­len wir denn dann Denkmäler stif­ten - lie­ber 2 Denkmäler für po­si­tiv be­setzte Per­so­nen auf­stel­len als eines ab­zu­reis­sen.
  • M. Kie­fer
    à 27.03.2021
    Es ist Ges­chichte. Die wird auch nicht an­ders, wenn man sie tot­sch­weigt.
  • Peter Graßmann
    à 10.03.2021
    Welche his­to­rische Persönli­ch­keit hält un­se­ren stren­gen mo­ra­li­schen An­for­de­run­gen übe­rhaupt noch stand? Welche Denkmäler wer­den in Zu­kunft stürzen, wenn wir deren Ver­bleib vom Zeit­geist abhängig ma­chen? Wie können Denk­mal­schutz und Erin­ne­rung­skul­tur unter sol­chen Vo­raus­set­zun­gen noch funk­tio­nie­ren? Wo bleibt Raum für men­schliche Am­bi­va­len­zen, wenn wir in ein Gut-Böse-​Schema ver­fal­len, das der Rea­lität nie ents­pricht? Die Bürger wis­sen ein 120 Jahre altes Rei­ters­tand­bild dur­chaus historisch-​kritisch ein­zuord­nen und die Dar­ges­tell­ten nicht blind zu ve­reh­ren. Also lasst die Denkmäler und Straßen­na­men dort blei­ben, wo sie sind, und lasst uns erklären, warum sie dort sind. Es ist eine Be­rei­che­rung, in un­se­ren Städten der kom­plexen und ver­wor­re­nen Ges­chichte be­ge­gnen zu können - mit all ihren Schat­ten­sei­ten!

Clas­se­ment des 24 mo­nu­ments

Pour par­ta­ger le clas­se­ment ac­tuel, co­piez/col­lez le lien sui­vant : https://penser-​un-monument.ch/debat#c127

Voici com­ment les 24 mo­nu­ments sont éva­lués dans le jeu :

84%

Le meilleur score:
Mo­nu­men­to « Le vit­time del la­vo­ro » (TI)

56%

Le plus mau­vais score:
Jo­hann Au­gust Sut­ter (BL)

Connu
2.5 / 5
Beau
2.5 / 5
Im­por­tant
3.1 / 5
Dis­cu­table
2.0 / 5
Mo­nu­ment
vou­draient lais­ser le mo­nu­ment tel quel.
vou­draient mo­di­fier le mo­nu­ment.
Dis­cu­table
Im­por­tant
Connu
Beau
Cas­par De­cur­tins (GR) 64% 36% 1.7
2.8
1.4
2.2
David de Pury (NE) 50% 50% 2.9
2.3
2.7
2.4
Do­ro­thee Wyss (OW) 77% 23% 1.7
3.2
1.8
3.1
Fred­die Mer­cu­ry (VD) 78% 22% 1.6
2.6
3.6
3.1
Guillaume Tell (UR) 78% 22% 1.9
3.5
4.5
3.5
Hel­ve­tia en route (BS) 79% 21% 1.5
3.6
2.8
3.7
Henri Gui­san (VD) 64% 36% 2.2
3.0
3.0
2.6
Jean-​Jacques Rous­seau (GE) 83% 17% 1.4
3.6
3.0
3.3
Jo­hann Au­gust Sut­ter (BL) 44% 56% 3.1
2.2
2.2
2.1
Jo­hann Hein­rich Pes­ta­loz­zi (VD) 80% 20% 1.6
3.7
3.1
3.4
L'im­mi­gré (GE) 73% 27% 1.8
3.6
1.6
3.0
Le « Fixer » (ZH/LI) 67% 33% 2.2
3.4
1.7
2.0
Moc­moc (TG) 54% 46% 2.8
1.8
1.9
1.8
Mo­nu­ment aux vic­times du 9 no­vembre 1932 (GE) 79% 21% 1.6
3.8
1.8
2.4
Mo­nu­ment de Bu­ben­berg (BE) 64% 36% 2.0
2.7
3.0
2.8
Mo­nu­ment de « Bour­ba­ki » (AG) 76% 24% 1.6
3.2
2.0
3.5
Mo­nu­ment du lion de Lu­cerne (LU) 79% 21% 2.0
3.3
4.2
4.0
Mo­nu­men­to della bat­ta­glia dei sassi gros­si (TI) 68% 32% 1.8
2.9
1.7
2.7
Mo­nu­men­to « Le vit­time del la­vo­ro » (TI) 84% 16% 1.5
4.1
2.8
3.4
Sen­ti­nelle des Ran­giers / Fritz (JU) 61% 39% 2.1
3.1
2.4
2.3
Sta­tue du Christ-​Roi (VS) 50% 50% 2.7
2.2
1.8
2.0
Va­dian (SG) 67% 33% 1.8
2.9
2.2
2.5
« Brahm­srösi » (BE) 69% 31% 1.9
2.4
1.7
3.3
« Stol­per­steine » (ZH) 83% 17% 1.6
4.4
3.4
3.0
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